LE SYSTÈME GRANA PADANO ET LE BIEN-ÊTRE ANIMAL

12.13.2017

Les critiques sur le bien-être animal formulées par l'association CIWF à l'encontre du Consortium de protection du Grana Padano et de sa filière nous plongent dans la perplexité quant au retentissement que peut avoir sur l'opinion publique la violence de ces propos dénués de fondement. Ces accusations sont insoutenables à tous points de vue, elles ne font pas honneur à la déontologie de cette association qui devrait s'appuyer sur une enquête sérieuse, sans interprétation tendancieuse, pour informer le public et les consommateurs. Nous assistons au contraire à un lynchage médiatique basé sur la désinformation et l'alarmisme, qui donne une image déformée de la réalité. Cette campagne de dénigrement vise un système de valeurs et une production millénaire qui ont su évoluer et gagner, par un effort continu, une reconnaissance internationale. Nous sommes vraiment consternés de ce triste spectacle qui porte injustement atteinte à l'image du Grana Padano et du Parmigiano Reggiano et à tout le système économique de notre pays pour lequel le « Made in Italy » est un gage de succès dans le monde entier.
 
Cet étalage médiatique n'est pas compatible avec la volonté d'apporter une information sérieuse aux consommateurs. Les affirmations publiées relèvent de la mauvaise foi et donnent une image déformée d'un système de production complexe et structuré et de sa répartition géographique, notamment pour le Grana Padano qui compte 4 500 élevages, 130 fromageries, 150 caves d'affinage et 40 000 employés dans plusieurs régions, avec des traditions et des caractéristiques pédoclimatiques différentes : la Lombardie, le Piémont, le Trentin, la Vénétie, l'Émilie Romagne. Une enquête portant sur seulement 9 entreprises du système, sachant que le Parmigiano Reggiano représente à lui seul 3000 élevages, n'est pas suffisante pour tirer des conclusions générales réalistes.
 
Nous exprimons donc notre surprise, notre incompréhension et notre tristesse quant à ces propos inconséquents, généralisateurs et violents, décrivant une entreprise qui ne se préoccupe pas du bien-être animal, car nos troupeaux sont notre principale ressource. Les militants du CIWF se sont basés sur 9 élevages, pour un système qui en compte 8000, qu'ils accusent d'être défaillants sur le plan du bien-être animal en s'appuyant sur des textes et des images montés de toutes pièces afin de susciter la défiance des consommateurs envers la production du Grana Padano et du Parmigiano Reggiano. Comment devrait se dérouler une véritable enquête ?

Une enquête s'appuie sur des données précises, objectives, détaillées, sur des informations sincères et pertinentes, c'est en tous cas le sens noble du mot information. De quelles données s'agit-il ? Des images à sensation qui ne portent que sur une partie infime de notre filière, des généralisations, des opinions superficielles qui ne tiennent pas compte de l'extrême hétérogénéité du système, des raisons qui nous conduits à choisir certaines solutions d'élevage, ou de mille autres faits bien réels. Pour combler ces lacunes, nous pouvons peut-être aider l'association CIWF en apportant les précisions qui suivent et en espérant qu'elle les saura apprécier.
 
Le système Grana Padano a toujours accordé une grande attention à la qualité de sa production et au déroulement des opérations quotidiennes qui aboutissent à cette excellence et qui garantissent au consommateur un produit sain et authentique. La qualité ne s'obtient pas du jour au lendemain mais au terme d'un investissement constant dans la recherche, en respectant les normes en vigueur et en optimisant chaque étape de la production, de l'étable à la fromagerie, jusqu'aux caves d'affinage. La production du Grana Padano commence justement à l'étable car seul un lait de qualité, issu de vaches saines et bien soignées, permet d'obtenir un produit optimal. Les 4 500 étables qui apportent leur lait aux fromageries de la filière Grana Padano le savent bien. Le Consortium de protection du Grana Padano est extrêmement attentif à cette question. Les fromagers de la filière demandent aux étables de respecter le bien-être animal et les bonnes pratiques de production.
 
Nous contestons donc les accusations qui voudraient faire croire que le Consortium de protection du Grana Padano ne se soucie pas du bien-être des vaches laitières de la filière.
 
Nous affirmons même le contraire. L'Assemblée du Consortium de Protection du Grana Padano a voté, le 21 avril dernier, une délibération par laquelle il adopte un dispositif contraignant et permanent de mesure du bien-être animal basé sur des critères de soin, de santé, de liberté de mouvement, d'accès à la nourriture, à l'eau et au pâturage, dès que la modification du cahier des charges (en cours depuis 2014) aura été approuvée par le Mipaaf (Ministère de L’Agriculture Italien) et par l'UE. Ces dispositions prévoient un niveau en dessous duquel une étable pourra être exclue du circuit Grana Padano et visent à obtenir l'excellence pour tous les éleveurs dans des délais raisonnables. Conformément au Cahier des Charges de la production, le fourrage et les produits destinés à l'alimentation des animaux proviennent presque entièrement de la zone de production du Grana Padano AOP, c'est-à-dire du nord de l'Italie où la culture des OGM est interdite. Seul le soja, qui ne représente qu'une infime partie de la ration journalière, pourrait être OGM s'il est importé.
 
Quant au zéro pâturage : la transhumance estivale et le pâturage du bétail est une pratique agricole traditionnelle des Alpes destinée à optimiser les ressources en fourrage et la main d'œuvre de l'exploitation. Cette pratique a des avantages certains. Après avoir connu une période de déclin, elle est actuellement fortement réévaluée et utilisée, surtout par les élevages de montagne dont les races sont particulièrement bien adaptées à cet exercice. Environ 15 % des élevages qui apportent leur lait aux fromageries du Consortium de Protection du Grana Padano ont recours traditionnellement aux alpages et au pâturage, notamment les élevages situés dans les zones pré-alpines et alpines de Lombardie, de Vénétie, et du Trentin-Haut-Adige. 10 % des étables de plaine font pâturer le bétail en prairie, 30 % des autres ont un enclos ouvert auquel les animaux peuvent accéder librement. En plaine, la situation est forcément différente par tradition et par culture et selon la nature de l'élevage (type d'alimentation, de stabulation, distance des alpages et des prairies, type de race élevée).
 
La frisonne notamment, une race laitière de plaine, s'est bien implantée en montagne. En effet, de nombreux élevages alpins se sont transformés pour adopter le modèle des élevages de plaine qui sont plus rentables. Certains éleveurs conduisent aussi les frisonnes aux alpages. La race frisonne s'adapte très bien aux alpages si on y éduque les génisses très tôt et si les conditions sont bonnes (distance, pente, sol plus ou moins rocailleux, bonne production quantitative et qualitative des prairies).
 
En effet, le stress subi par le bétail peut être assez intense pour influencer négativement leur bien-être. Ils perdraient alors tout le bénéfice qu'ils tirent normalement du pâturage (on peut craindre, par exemple, un amaigrissement important. Les exploitants sont alors obligés d'apporter aux animaux des aliments normalement utilisés en élevage intensif et courent le risque de dénaturer la signification de l'alpage et de compromettre la bonne utilisation des prairies). Les vaches allaitantes ne sortent pas volontiers, elles préfèrent s'alimenter et s'abreuver à l'étable où elles peuvent aussi se coucher sur les litières de paille qui sont à leur disposition. Les veaux et les vaches sans lait vont plus volontiers au pré. Aucun animal n'a envie de sortir l'été quand il fait très chaud, ils préfèrent rester à l'ombre, rafraîchis par les nébulisateurs et les ventilateurs. Ils n'aiment pas non plus sortir l'hiver quand il y a du brouillard et que le sol est boueux, car leurs sabots s'y enfoncent, ils se déplacent difficilement et sont gênés par l'humidité.
 
Application dans le cahier des charges du CReNBA. La protection du bétail dans les élevages et son bien-être ont toujours été des objectifs prioritaires pour les législations européennes et nationales. Le Traité de Lisbonne a déjà reconnu les animaux comme des êtres sensibles. La législation a donc défini des normes contraignantes visant au respect du bien-être animal. Nous rappelons que les éleveurs peuvent être privés des primes versées par la politique agricole commune (PAC) et des aides au développement rural (PSR) et qu'ils risquent des sanctions s'ils ne respectent pas les BONNES PRATIQUES POUR L'ÉLEVAGE ET L'AGRICULTURE (BPA). Le cahier des charges du CReNBA rédigé par le Centre de référence national sur le bien-être animal du Ministère de la Santé définit des grandes lignes non contraignantes pour l'évaluation du bien-être animal dans un élevage. Elles s'appuient sur le projet de recherche European Welfare Quality®, sur le projet de loi sur le bien-être des bovins adultes discuté à Strasbourg pour les années 2007-2009 et sur les principales publications en la matière des 10 dernières années.
 
Les élevages du Consortium de protection du Grana Padano ne se contentent pas de suivre ces indications, ils les devancent. Ils respectent les normes et vont bien au-delà. La législation nationale a élaboré le plan national pour le bien-être animal (PNBA) pour se conformer aux dispositions des normes nationales et communautaires, uniformiser les modalités et la programmation des contrôles et améliorer la formation des vétérinaires et des éleveurs sur les principaux aspects du bien-être animal. Les éleveurs de la filière Grana Padano respectent des normes contraignantes, ils sont soumis à des contrôles réguliers confiés à des organismes compétents (vétérinaires des ATS) afin de vérifier qu'ils respectent les dispositions en vigueur et qu'ils sont suffisamment formés. Ils reçoivent également des indications pour améliorer constamment leurs pratiques d'élevage et le bien-être animal.
 
Le respect du bien-être animal est une règle essentielle pour la société et c'est le premier engagement du Consortium de protection du Grana Padano. Cette approche améliore les performances de la production, la qualité des produits, ses conditions sanitaires, la protection des consommateurs et coïncide avec l'intérêt économique des éleveurs et du pays. Tous les acteurs de la filière Gran Padano sont donc engagés ensemble dans un effort d'amélioration du bien-être animal. Ils vont souvent bien au-delà des contraintes minimales définies par la norme, puisque le bien-être du troupeau est pour la filière Grana Padano la condition sine qua non d'une production qui est appréciée pour son excellence et qu'il répond à l'intérêt de tous, des producteurs aux consommateurs.
 
En 2014, un projet de recherche sur le sur le bien-être animal portant sur 134 élevages échantillon, mené en collaboration avec le Centre de référence national pour le bien-être animal (CReNBA) sous la direction de l'Institut zooprophylactique expérimental de Lombardie et d'Émilie Romagne (IZSLER), a montré que 71,6 % des étables étudiées sur le plan du bien-être animal ont obtenu un excellent score (151,23 points sur 199,53). Le CReNBA a récemment mis au point un système d'évaluation du bien-être animal applicable aux bovins laitiers. Il a été présenté officiellement à Rome le 21 janvier 2014 au Ministère de la Santé, en présence du Ministère des politiques agricoles, alimentaires et forestières, de plusieurs Instituts zooprophylactiques nationaux, d'associations professionnelles, de la Fédération nationale de l'ordre des vétérinaires italiens (F.N.O.V.I.) et de plusieurs régions. Ce système d'évaluation du bien-être des vaches laitières peut être consulté sur le site de l'Institut zooprophylactique expérimental de Lombardie et d'Émilie Romagne (IZSLER).
 
Ce manuel montre que la méthode repose sur l'analyse de deux groupes de données : les données sur les risques liés à l'environnement (organisation, structure, équipement et conditions microclimatiques) et les donnés sur les effets de l'exposition des animaux à un ou plusieurs de ces risques. Le CReNBA a choisi d'étudier les aspects les plus étayés sur le plan scientifique, en privilégiant les éléments objectifs et faciles à mesurer afin de comparer les élevages sur des bases incontestables, à partir des mêmes paramètres.
 
L'organisation de l'exploitation (qui comprend toutes les opérations assurées par les personnes qui s'occupent des animaux) est fondamentale pour le bien-être animal. Contrairement à ce qu'on pourrait penser au premier abord, elle a plus d'effet sur le bien-être des animaux que la structure de l'élevage. Le CReNBA a défini des critères spécifiques qui permettent d'attester que les animaux d'un élevage sont en bonne santé : quand même un seul animal se trouve dans un état critique par rapport aux critères définis par la loi, l'élevage entier ne peut pas être considéré comme étant dans de bonnes conditions de bien-être. 
 
Nous avons choisi de nous appuyer sur un institut national indépendant et compétent qui fonde son travail sur les normes et les études scientifiques pour éviter de confondre les conditions de vie réelles des animaux avec nos attentes. Nous soulignons également que l'évaluation du bien-être animal doit être confiée à des spécialistes bien formés comme les vétérinaires du CReNBA.
 
Nous sommes donc très attentifs à ce problème et nous aimerions beaucoup savoir sur quelles bases le CIWF détermine les conditions du bien-être des vaches laitières. Nous espérons qu'il s'appuie sur des bases aussi sérieuses que l'Institut zooprophylactique expérimental de Lombardie et d'Émilie Romagne.
 
La zootechnie moderne des exploitations laitières en plaine : pour améliorer leur efficacité, la plupart des exploitations laitières en plaine ont fait d'énormes investissements, souvent grâce aux aides des PSR, pour la protection de l'environnement, l'efficacité énergétique, le bien-être des animaux. Elles ont mis au point des élevages de vaches laitières modernes, en circuit fermé, équipés de technologies de pointe pour la rationalisation des ressources et le bien-être animal. Avec cet objectif, aujourd'hui, la majorité des fermes laitières de la filière Grana Padano sont compétitifs dans les domaines suivants :
 
1.       Production d'énergie renouvelable
2.       Réduction des rejets d'azote, de phosphore et de potassium
3.       Réduction des émissions de CO2
4.       Récupération de chaleur
5.       Assainissement des effluents
6.       Économie d'eau
7.       Économie d'énergie
8.       Rentabilité économique
 
Les éleveurs placent la gestion du troupeau au centre de leur activité. L'évaluation automatique des paramètres morpho-physiologiques des animaux, leur surveillance constante et l'intervention spécifique sur chaque bête en cas de besoin contribuent à leur bien-être. Les animaux sont soignés dans des logettes dont les dimensions sont au moins conformes aux normes minimales définies par la législation et souvent supérieures pour améliorer leur confort et éviter qu'ils se gênent pendant le repos. De nombreuses structures leur laissent la liberté de se déplacer et de s'alimenter, ce qui est une condition de leur bien-être ; les étables sont ventilées (parfois naturellement), avec une circulation d'air correcte, rafraîchies l'été et chauffées l'hiver ; la modification du Cahier des Charges en cours prévoit également un accès à la traite robotisée qui permet à chaque animal de s'autoréguler avec des répercussions positives sur le respect de ses besoins.
 
Etiquetage :
grâce à l'engagement du Mipaaf, le secteur a obtenu un étiquetage indiquant l'origine du lait afin de guider le choix des consommateurs, car tous les pays n'appliquent pas les mêmes normes de protection du bien-être animal que l'Italie. Le Consortium de Protection du Grana Padano est donc très favorable à l'adoption d'un système d'étiquetage reconnu. Il permettra au consommateur de comprendre l'effort quotidien des éleveurs pour soigner les vaches, assurer leur bien-être et produire un lait de qualité, sain, qui peut être transformé en GRANA PADANO, le formage AOP le plus consommé au monde
 
Le Consortium de Protection du Grana Padano, ses membres producteurs et ses éleveurs laitiers ont tous un intérêt direct à une communication, détaillée et pertinente sur la filière et sur sa synergie quotidienne qui vise à protéger les animaux dans les élevages, car ils sont le point de départ d'une production locale qui associe la tradition du Grana Padano à l'innovation, avec des techniques d'élevage modernes qui respectent l'environnement et les animaux.
 
Nous venons justement d'adopter un nouveau logo : « Il nostro latte » (Notre lait). Il répond à la demande de transparence et de traçabilité du consommateur et lui offre une garantie supplémentaire de qualité, de spécificité et d'origine du lait sur un territoire spécifique protégé. Ce logo peut être utilisé librement sur les emballages Grana Padano destinés à l'Italie et à l'étranger, par tous les membres du Consortium et par les entreprises de conditionnement agréées. Le logo « Il nostro latte » déposé par le Consortium de Protection du Grana Padano, est régi par un règlement qui définit les limites et les conditions de sa concession aux entreprises de conditionnement.
 
Conclusion : comme dans toutes les industries composées d'un grand nombre d'opérateurs, on constate parfois des écarts avec les normes et le bon sens, mais ils sont systématiquement signalés par les personnes chargées du contrôle et de la surveillance pour permettre des corrections. L'expression "quelques étables défaillantes et incompétentes" n'est pas représentative de la moyenne des étables du système Grana Padano. Des vaches laitières bien soignées et saines produisent du meilleur lait à tous points de vue. Un producteur intelligent et consciencieux veille donc avec la plus grande attention sur son élevage, pour la santé de son exploitation et dans l'intérêt du consommateur. Nos vaches sont bien traitées, leur lait est un des meilleurs du monde, le Grana Padano reste un symbole de l'excellence italienne dont nous pouvons être fiers.
 
Nous aimerions défier le CWIF: sous le contrôle d'un notaire, prendre un échantillon de 100 élevages et faire-le analyser par une commission indépendante de vétérinaires spécialisés choisis par l'ordre des vétérinaires. Si leurs conclusions confirment les accusations du CIWF et montrent que les vaches de nos élevages sont réellement maltraitées, nous ferons des excuses publiques et nous prendrons immédiatement des mesures appropriées. Si, comme nous en avons la certitude, les accusations contre le Grana Padano s'avèrent infondées, cette association devra nous présenter des excuses, ainsi qu'à tous les producteurs de lait italiens pour l'énorme préjudice qu'elle nous a causé, interrompre immédiatement cette campagne diffamatoire, et supprimer de ses canaux de communication toute référence aux documents concernés.
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